๐๐ ๐ฅ๐ ๐ฆ๐ฬ๐๐ข๐๐ง๐๐ ๐ฬ ๐ฅ๐ ๐๐จ๐ง๐๐ข๐๐ง๐๐ : ๐๐๐ญ๐ฬ ๐๐ญ ๐๐จ๐ฎ๐๐ซ๐ข๐ ๐๐ง ๐ซ๐ฬ๐๐ฉ๐ฉ๐ซ๐๐ง๐ง๐๐ง๐ญ ๐ฬ ๐๐จ๐ง๐ฌ๐ญ๐ซ๐ฎ๐ข๐ซ๐ ๐๐ง๐ฌ๐๐ฆ๐๐ฅ๐.
ร Batรฉ et Koubrigan, dans la commune de Sidรฉradougou, la Journรฉe de la paix du 11 fรฉvrier 2026 a marquรฉ un tournant dรฉcisif dans les relations entre deux communautรฉs longtemps fragilisรฉes par la mรฉfiance. Portรฉe par lโUnion des Religieux et Coutumiers du Burkina pour la promotion de la Santรฉ et le Dรฉveloppement (URCB/SD) dans le cadre du Projet de rรฉsilience et de cohรฉsion sociale dans les Cascades (Ben Kadi), soutenu par la Facilitรฉ Sahel, cette initiative illustre la capacitรฉ du dialogue inclusif ร transformer durablement les dynamiques communautaires.

ร premiรจre vue, Batรฉ et Koubrigan partagent une histoire commune, des terres et des liens anciens. Pourtant, au fil des annรฉes, des tensions insidieuses se sont installรฉes. Les perceptions dโinjustice dans la rรฉpartition des interventions de dรฉveloppement, les rivalitรฉs de lรฉgitimitรฉ et les frustrations accumulรฉes ont progressivement creusรฉ une fracture silencieuse. Les autochtones de Koubrigan estimaient รชtre marginalisรฉs au profit de Batรฉ, tandis que certains allogรจnes de Batรฉ ressentaient une dรฉfiance persistante. Lโabsence de cadre structurรฉ de dialogue, la faible collaboration communautaire et les tensions latentes faisaient peser un risque rรฉel sur la stabilitรฉ locale, dans un contexte national dรฉjร fragile.
Cโest dans cet environnement sensible que le projet Ben Kadi, mis en ลuvre par lโURCB/SD pour la pรฉriode 2025โ2026, est intervenu avec une approche intรฉgrรฉe axรฉe sur la restauration du lien social. Lโorganisation, forte de son ancrage religieux et coutumier, a jouรฉ un rรดle de mรฉdiateur crรฉdible, capable de rassembler autour dโune vision commune. Lโintervention a combinรฉ les cadres de Planification Communautaire Participative (PCP), la mise en place des OVIPREGECC, lโappui aux Structures Locales de Paix, ainsi que des sรฉances de sensibilisation sur la paix, les violences basรฉes sur le genre et la citoyennetรฉ. Des espaces rรฉguliers de concertation ont รฉtรฉ instaurรฉs afin de structurer le dialogue et prรฉvenir les incomprรฉhensions.

Lโobjectif nโรฉtait pas uniquement dโapporter des infrastructures, mais de reconstruire les fondations immatรฉrielles du vivre-ensemble : la confiance, le respect mutuel, la coresponsabilitรฉ et la transparence dans la prise de dรฉcision. Cette dynamique a trouvรฉ son expression la plus visible lors de la Journรฉe de cohรฉsion sociale du 11 fรฉvrier 2026. Plus quโune cรฉrรฉmonie, cette journรฉe a constituรฉ un acte collectif fort. Les communautรฉs ont procรฉdรฉ ร la plantation conjointe de vingt arbres dans les รฉcoles de Batรฉ et Koubrigan, symbole dโun engagement partagรฉ pour lโavenir. Elles ont รฉlaborรฉ un plan dโaction communautaire commun, pris lโengagement de rรฉhabiliter des infrastructures dโintรฉrรชt collectif et dรฉcidรฉ dโinstitutionnaliser des rรฉunions trimestrielles de concertation.
Au-delร de ces actions concrรจtes, le changement le plus significatif sโobserve dans les mentalitรฉs. Les visites mutuelles ont repris, les cรฉrรฉmonies sociales rassemblent ร nouveau les deux localitรฉs et la peur qui entravait les dรฉplacements sโestompe progressivement. Les dรฉcisions relatives aux prioritรฉs locales sont dรฉsormais discutรฉes conjointement, rรฉduisant les perceptions dโexclusion. Cette gouvernance partagรฉe contribue ร restaurer la confiance et ร ancrer les mรฉcanismes de prรฉvention des conflits.

Lโappropriation communautaire constitue un autre indicateur fort de transformation. Les populations ont initiรฉ, sur leurs propres ressources, la rรฉfection de la voirie et dโun pont, contribuรฉ en cรฉrรฉales pour soutenir la cantine scolaire et organisรฉ une cรฉrรฉmonie de valorisation des meilleurs รฉlรจves. Le dรฉveloppement nโest plus perรงu comme un avantage rรฉservรฉ ร un groupe, mais comme un bรฉnรฉfice collectif dont chacun est coresponsable.
ร travers le projet Ben Kadi, lโURCB/SD confirme son rรดle stratรฉgique dans la consolidation de la cohรฉsion sociale au Burkina Faso. En sโappuyant sur la lรฉgitimitรฉ des leaders religieux et coutumiers, lโorganisation crรฉe des passerelles lร oรน la mรฉfiance avait รฉrigรฉ des barriรจres. Lโexpรฉrience de Batรฉ et Koubrigan dรฉmontre que la paix locale ne se dรฉcrรจte pas ; elle se construit patiemment, dans lโรฉcoute, la reconnaissance des frustrations et la co-construction des solutions.
Dans les Cascades, cette journรฉe du 11 fรฉvrier 2026 restera comme le moment oรน deux communautรฉs ont choisi de transformer une fracture en opportunitรฉ de rapprochement. Elle rappelle quโau cลur des villages se joue une part essentielle de la stabilitรฉ nationale, et que la rรฉsilience collective commence toujours par la reconstruction de la confiance.







