21 janvier 2026
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Lutte contre la traite des personnes : les leaders religieux et coutumiers du Burkina outillés par l’ONUDC à travers le projet PROMIS.

Ouagadougou, du 27 au 29 mai 2025 – Une trentaine de leaders religieux et coutumiers, venus des quatre coins du Burkina Faso, ont pris part à un atelier de sensibilisation organisé par l’Union des Religieux et Coutumiers pour la promotion de la Santé et du Développement (URCB/SD), en partenariat avec l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH). Trois jours de formation intense, dans le cadre du projet de Protection des Migrants (PROMIS), ont permis aux participants de renforcer leurs capacités face aux défis croissants de la traite des personnes et de la migration irrégulière.

Un contexte de vulnérabilité à enrayer par la connaissance

Le Burkina Faso, confronté à une crise sécuritaire persistante, voit son tissu social fragilisé. Le nombre de personnes déplacées internes atteint près de deux millions, exposant particulièrement les jeunes filles et garçons à des risques accrus de traite humaine. Face à cette réalité, l’implication des autorités morales que sont les chefs traditionnels et religieux apparaît comme un levier essentiel pour la prévention et la protection. C’est dans ce cadre qu’intervient l’atelier PROMIS, visant à doter ces leaders communautaires d’outils conceptuels, juridiques et stratégiques.

Des sessions de formation intenses et structurantes

Session 1 : Comprendre les concepts fondamentaux

M. SOUGUE, Responsable National PROMIS

Animateur : M. SOUGUE (ONUDC)
Cette session a permis d’établir une distinction claire entre la traite des personnes et le trafic illicite de migrants. M. SOUGUE a présenté les définitions issues du Protocole de Palerme, en insistant sur les éléments constitutifs de la traite : l’acte, les moyens, et la finalité d’exploitation. Une discussion interactive a permis d’illustrer les différentes formes locales de traite (exploitation domestique, exploitation sexuelle, travail forcé dans les sites miniers, etc.), créant ainsi un cadre conceptuel solide pour la suite de l’atelier.

Session 2 : Droits humains et migration – une approche humaniste

Animateur : M. LIMONE (ONUDC)
Ici, les participants ont été introduits à la notion des droits humains et à leur application dans les contextes migratoires. L’intervenant a mis en lumière les obligations de l’État et des communautés dans la protection des migrants, y compris ceux en situation irrégulière. L’accent a été mis sur l’interdiction des traitements inhumains, la non-discrimination et le droit à une protection efficace. Un dialogue franc a émergé sur les stigmatisations parfois observées dans certaines communautés vis-à-vis des migrants.

Session 3 : Reconnaître les signes – les indicateurs de la traite

Animateur : M. LIMONE (ONUDC)
Comment identifier une victime de traite dans un village, une mosquée, une paroisse, un marché ? Cette session a permis de présenter des indicateurs clés : comportement craintif ou contrôlé, absence de papiers d’identité, signes de violence physique, etc. À travers des cas pratiques, les participants ont été amenés à réfléchir aux réponses communautaires possibles face à des situations suspectes. La session a également abordé les techniques de signalement sécurisées.

Session 4 : Etat des lieux de la traite au Burkina Faso

M. SOME

Animateur : M. SOME (Ministère de l’Action Humanitaire et de la Solidarité Nationale)
Cette session a dressé un tableau alarmant, mais essentiel. Le représentant du ministère a détaillé les statistiques nationales, les zones à risque, les facteurs de vulnérabilité (pauvreté, déplacements forcés, manque d’éducation) et les principales routes migratoires. Il a également présenté le cadre institutionnel et les mécanismes nationaux mis en place dans le cadre du Plan d’action 2023-2025. La session s’est conclue par un appel à la collaboration active entre autorités traditionnelles et structures étatiques.

Session 5 : L’impact humain de la traite – une blessure sociale

Animateur : M. SOUGUE (ONUDC)
Au-delà des chiffres, cette session a porté sur les conséquences psychologiques, sociales et économiques de la traite sur les victimes. M. SOUGUE a illustré ses propos par des récits vécus, soulignant la déshumanisation et la perte d’estime de soi que subissent les victimes. Il a insisté sur la nécessité d’un accueil bienveillant et d’un soutien moral dans les communautés, pour briser l’isolement et faciliter la réinsertion.

Travaux en Groupe

Session 6 : Institutions et mécanismes de prise en charge

Animateur : M. SOME (ONUDC)
Cette session a mis en lumière les structures nationales d’intervention : les services sociaux, la police spécialisée, les centres d’accueil et les dispositifs de justice. M. SOME a présenté les voies de recours accessibles aux victimes, insistant sur la confidentialité et la sécurité. Les leaders présents ont été invités à jouer un rôle de « passeurs de protection », orientant discrètement les victimes vers les bons relais institutionnels.

Session 7 : Une approche coordonnée de la lutte

Animateur : Ministère de l’Action Humanitaire de la Solidarité Nationale
La dernière session thématique s’est focalisée sur la coordination des efforts. Le ministère a présenté les cadres de concertation régionaux, les partenariats avec les ONG, les besoins de formation continue et les enjeux de durabilité. La discussion a débouché sur une conviction partagée : seule une mobilisation collective, interreligieuse et interculturelle, pourra faire reculer durablement ce fléau.

Un engagement collectif matérialisé

Les journées ont été ponctuées par des travaux de groupe dynamiques, où les participants ont identifié des actions prioritaires dans les domaines suivants :

  • Prévention : sensibilisation communautaire, sermons et prêches dédiés, actions dans les écoles coraniques et centres d’alphabétisation.
  • Lutte : collaboration avec les autorités, création de comités locaux d’alerte.
  • Protection : accueil bienveillant, signalement anonyme, médiation familiale.

À l’issue des échanges, un plan d’action communautaire a été adopté, véritable feuille de route pour les mois à venir.

Une dynamique à amplifier

Participants

En trois jours, cet atelier a transformé la perception et les capacités d’intervention de plusieurs figures d’autorité du pays. Grâce à l’appui de l’ONUDC, du HCDH et de l’URCB/SD, les leaders religieux et coutumiers disposent désormais d’outils solides pour prévenir, signaler et atténuer les effets dévastateurs de la traite des personnes dans leurs localités.

Le défi reste immense, mais une lueur s’allume : celle de communautés vigilantes, solidaires et pleinement impliquées dans la défense des droits humains.

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